Robyn Benson, PSAC

Assurance-emploi : On blâme la victime



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Pourquoi le gouvernement Harper s’acharne-t-il contre les chômeurs?

On dirait qu’il veut les punir d’être chômeurs. En tout cas, c’est l’impression que donnent les récentes modifications à l’assurance-emploi, qui rend l’accès aux prestations plus difficile pour les travailleuses et les travailleurs saisonniers. Au Québec, il y a eu des manifestations monstres, et une coalition contre la réforme continue de grandir. Dans les Maritimes, des provinces toujours assez rurales où le taux de chômage est très élevé, les quatre premiers ministres, de toutes persuasions politiques, ont demandé qu’on suspende la réforme.

Depuis le début, Diane Finley, ministre des Ressources humaines et Développement des compétences Canada, fait le sale boulot de Harper. Il y a un an et demi, elle a viré un millier d’employés occasionnels aux prises avec l’arriéré des demandes d’assurance-emploi et a interdit les heures supplémentaires. Naturellement, les demandes se sont empilées. Et elle a eu le culot d’insinuer que nos membres dans les bureaux de l’assurance-emploi font la grève du zèle.

Tout ça est complètement surréaliste! Service Canada a ouvert un Bureau de la satisfaction des clients, tout en décourageant ses employés d’en parler! Mais les gens l’ont su quand même, et le nombre de plaintes a explosé.

Voici quelques problèmes typiques:

Jamus Dorey, résident de la Nouvelle-Écosse, a fait une demande d’assurance-emploi le 24 juillet, mais son dossier n’a été traité que le 24 septembre et il a reçu son premier chèque le 28 septembre.

« Ça n’arrêtait pas, explique-t-il. Pendant huit semaines d’attente, j’ai laissé des messages à Service Canada presque chaque jour et personne ne m’a jamais rappelé. »

Monsieur Dorey a trouvé un nouvel emploi en octobre. Père célibataire d’un jeune garçon, il s’est dit très heureux d’avoir eu quelques épargnes qui lui ont permis de tenir pendant les deux mois où il est resté sans revenu.

Le gouvernement a fermé plein de bureaux d’assurance-emploi aux quatre coins du pays, soi-disant pour « consolider les services ». On fera passer leur nombre de 120 à 22. Mais au moins deux circonscriptions conservatrices ont été épargnées. Tiens, tiens…

Il faut ajouter à tout ça un escadron d’« inspecteurs » déployé dans les Maritimes, qu’on envoie faire des visites impromptues chez les prestataires d’assurance-emploi. Malgré les réfutations de la ministre, ces agents (nos membres, en passant) se sont vus imposer des quotas de prestations à couper. Et s’ils les atteignent, ce sont les gestionnaires qui toucheront une prime au rendement… Le quota de réduction des prestations le plus élevé est celui du Québec : 121 millions de dollars. En Ontario, les prestations doivent être réduites de 110 millions de dollars, dans l’Ouest et dans les territoires, de 115 millions de dollars.

Les fonctionnnaires doivent faire les basses œuvres du gouvernement. Pas surprenant qu’ils soient reçus avec une brique et un fanal, ce qui les met en danger.

Personne n’en sort gagnant : ni les prestataires, ni les employés de Service Canada.

Quand le NPD a protesté contre ce harcèlement des chômeurs par le gouvernement, la ministre Finley a répondu que « le NPD ne s’occupe que des gens qui sont des tricheurs ou des fraudeurs, qu’ils appellent des “victimes”. »

Ce qui nous amène aux nouvelles règles du budget Harper qui touchent les travailleurs saisonniers.

Les travailleurs qui chôment pendant la saison morte devront accepter n’importe quel emploi pour lequel ils sont qualifiés, jusqu’à 30 % de moins de leur salaire normal et jusqu’à 100 kilomètres de leur domicile, comme s’il y avait des transports en commun dans les zones rurales!

Or, le travail saisonnier restera sans doute très répandu dans les Maritimes ces prochaines années. Dans cette région où le taux de chômage est élevé, plus de 100 000 travailleurs ont pu élever leur famille, surtout dans les zones rurales, grâce au travail saisonnier dans l’industrie de la pêche, des forêts, de la construction, du tourisme et de l’agriculture.

L’assurance-emploi leur permettait de tenir durant la saison morte.

Comme on pouvait s’y attendre, il y a des journalistes pro-business qui considèrent les travailleurs saisonniers comme un problème. Elles pensent que les prestations d’assurance-emploi préviennent la mobilité de la main-d’œuvre. Leur solution est simple : il y a des emplois à l’ouest du pays, les gens n’ont qu’à y déménager.

Mais la réforme proposée divise les provinces. Les gouvernements de l’Alberta et de la Saskatchewan accueillent favorablement la réforme, car pour eux, c’est une façon d’encourager l’immigration de travailleurs vers les provinces de l’ouest.

Mais qu’est-ce qui va arriver aux industries saisonnières quand elles ne pourront plus trouver de travailleurs? Personne n’a l’air de s’en soucier. Et la perspective d’emplois à longueur d’année n’est pas nécessairement à la portée de la plupart des travailleurs saisonniers.

Harper, quant à lui, se lave les mains des inquiétudes des premiers ministres des provinces des Maritimes et du Québec. Il ne semble pas non plus se soucier de l’impact de la réforme sur les travailleuses et les travailleurs au pays.

Désormais, il est fort probable qu’on entende souvent des histoires comme celles-ci : on a refusé des prestations d’assurance-emploi à Marlene Geirsdorf parce qu’elle n’avait aucun moyen de transport pour se rendre à un emploi disponible à Charlottetown, à 60 kilomètres de chez elle. Seul un tollé général a forcé le gouvernement à rétablir ses prestations. Est-ce qu’on sera obligés de mobiliser une telle attention dans tous les cas?

La réforme de Harper divise le pays, punit les chômeurs et leur impose des conditions déraisonnables. Elle menace l’économie saisonnière, qui profite à tous. Elle affecte la vie des travailleuses et des travailleurs, sans parler de leurs familles, pas seulement dans les Maritimes et au Québec, où l’impact sera significatif, mais partout au Canada, surtout en région rurale. C’est un combat qui concerne tout le monde. On est mieux de se retrousser les manches.

[Photo : Matthew Sherwood/Globe and Mail]


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